Déclaration de l’Association internationale pour la défense de la liberté religieuse (A.I.D.L.R. ) sur l’interdiction des minarets en Suisse

 

L’Association internationale pour la défense de la liberté religieuse a pris acte, avec inquiétude, de l’acceptation, par une partie du peuple suisse, de l’initiative contre les minarets, initiative qui, au-delà du minaret est perçue comme une atteinte aux droits fondamentaux des personnes. Il aurait été judicieux d’expliquer qu’il y a une différence entre un symbole de culte et la personne. La démocratie suisse reconnaît à chacun, y compris aux minorités religieuses, le droit de se prononcer sur des choix de vie dans la cité, ce qui est parfaitement légitime. De la même manière, la Constitution de la Confédération helvétique assure à toutes les personnes, également à celles qui appartiennent à ces minorités, la garantie qu’elles ne seront pas menacées. Cela doit être dit et bien compris.

Suite à une campagne aux arguments populistes et plus ou moins caricaturaux, le résultat du vote introduit une discrimination avérée à l’encontre des musulmans. La liberté religieuse ancrée dans la Constitution s’en trouve de ce fait sérieusement menacée.

De par sa neutralité religieuse, l’État est le garant de la paix confessionnelle. En discriminant ainsi la communauté musulmane de Suisse par ce nouvel article constitutionnel, il prend le risque que certains éléments extrémistes ne soient tentés de radicaliser la question et de porter ainsi atteinte à la paix religieuse.

Un tel article pourrait être récupéré pour mettre en danger les chrétiens opprimés dans les pays islamiques. Par ailleurs, la Confédération helvétique doit veiller à ne pas entrer dans une dynamique de discrimination et de répression vis-à-vis de certaines minorités.

Parce que cet article est en flagrante contradiction avec plusieurs articles de la Constitution fédérale (art. 8 : égalité de tous devant la loi ; art. 15 : liberté de croyance ; art. 36 : restriction des droits fondamentaux) ainsi qu’avec l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme ratifiée par la Suisse, l’A.I.D.L.R. remet en question la façon dont cette initiative a été présentée.

L’A.I.D.L.R. espère vivement que les amalgames et les généralités, qui sont à la base de  l’information et qui ont conduit à cette décision, seront corrigés par la compréhension réciproque et le dialogue qui doit s’instaurer le plus rapidement possible entre les communautés musulmanes, les instances politiques et religieuses, et la majorité des votants. Certaines des valeurs qui ont inspiré la fondation de la Suisse semblent avoir été oubliées, et il appartient à chacun de travailler honnêtement à leur restauration dans le respect mutuel.

L’A.I.D.L.R. affirme qu’il convient d’éveiller les esprits et d’ouvrir les cœurs à la compréhension des problèmes évoqués. Il faut intervenir efficacement et rapidement pour faire cesser les violations et affermir, en toutes circonstances, cette liberté religieuse qui est l’un des fondements de la dignité humaine, laquelle est inhérente à tous les membres de la famille humaine et constitue la base de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Berne, Décembre 2009